Remords secrets

R
Colin Dexter

Remords secrets

Royaume-Uni (1999) – 10/18 (2001)

Titre original : The Remorseful Day
Traduction de Jacques Guiod

Un an a passé depuis la mort de la très sensuelle infirmière Harrison, retrouvée chez elle nue et menottée sur son lit. Les alibis parfaits de tout son entourage mettent en échec le CDI de Thames Valley. Strange demande a Morse de reprendre l'affaire à la suite de nouvelles informations qui lui ont été communiquées. Morse refuse catégoriquement de s'en mêler, à la grande surprise de Lewis qui doit, pour cette enquête, faire équipe avec le surintendant. Mais le sergent se rend compte très vite que, où qu'il aille, l'inspecteur principal est déjà passé...

Il est difficile de suivre tranquillement cette affaire quand on sait qu'il s'agit de la dernière. Colin Dexter réussit néanmoins à lier par plus d'un fil les deux trames, celle des enquêtes (car plusieurs cadavres vont venir rejoindre celui de la nurse Harrison) et celle de l'agonie de l'inspecteur principal, abordée avec une délicatesse et une pudeur d'écriture extrême.

Morse est tout à fait conscient qu'il vit là ses derniers jours, il agit en conséquence, savourant le moindre verre de pur malt, la moindre pinte de bière brune, mettant en ordre ses rares affaires, couchant sur le papier la solution des différentes énigmes, au cas ou... Dexter multiplie les effets tendant à montrer que la collaboration entre Morse et Lewis a eu des effets bénéfiques quasi symbiotiques pour chacun des compères : Lewis s'essaie à la maïeutique, au Glenfiddish et au complexe de supériorité tandis que Morse met en application les principes d'une bonne enquête policière et le classement des preuves (enfin, jusqu'à un certain point). Ceci permet une nouvelle fois au tandem de progresser dans la découverte de la vérité.

Ami fidèle, Lewis est rapidement au chevet de Morse lorsque celui-ci est emmené pour la dernière fois aux urgences du Radcliffe. Et l'émotion nous gagne quand le sergent visite l'appartement de célibataire d'Oxford Nord juste après le décès : il reste finalement si peu de choses de la vie de l'être exceptionnel et secret qui vient de s'éteindre. Le sergent bouclera l'enquête seul et de façon machinale, avec toutefois un poids sur le coeur : il ne digère toujours pas le manque absolu de confiance de Morse, qui lui aura caché jusqu'au bout son rôle réel dans la vie de la nurse Harrison et une vilaine manipulation d'indices. Les dernières lignes lèveront cet ultime mystère et Lewis pourra alors se laisser aller à son extrême douleur...

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006



Illustration de cette page : Enseigne de l'un des derniers pubs fréquenté par Morse

Musique écoutée pendant l'élaboration de ce cycle : Morse est mélomane et nous partageons quelques passions. Mon programme musical fut donc tout entier calqué sur les habitudes de l'inspecteur principal. L'écriture de ces pages ayant pris de longs jours, l'espace sonore fut à plusieurs reprises occupé par Die Walküre de Richard Wagner, dans la version Solti de 1966 : Régine Crespin y est une très belle Sieglinde et Birgit Nilsson une Brünnhilde d'un autre monde. La version 1958 de Das Rheingold, toujours par Solti, compléta l'effort que j'étais prêt à entreprendre côté Ring. J'y ajoutais toute une série de lieder : Wolf (Schwarzkopf et Fürtwangler en 1953, Schwarzkopf, Fisher-Diskau et Moore en 1974), Schubert (la version Prégardien des Mayrhoffer Lieder de 1996, le Winterreise gravé par Fisher-Dieskau en 1966), et les Sieben frûhe Lieder de Berg donnés par Madame Von Otter en 1995. Enfin, pas mal de Bruckner (notamment les trois messes et le Te Deum gravés par Jochum en 1987) et même quelques airs du Mikado de Gilbert et Sullivan, souvent évoqué par Dexter, dans une version Mackerras de 1992.