Introduction au cycle de l'inspecteur Morse

I
Colin Dexter

Introduction au cycle de l'inspecteur Morse

Royaume-Uni (1975) – 10/18 (1994)


L'histoire raconte que Colin Dexter – diplômé de Cambridge et ancien enseignant de grec et de latin – dépité par la médiocrité d'un roman policier qu'il venait de lire, décida de se lancer dans l'écriture, certain qu'il pouvait faire bien mieux. Il créa donc l'inspecteur Morse, enquêteur criminel au CID de Thames Valley, personnage intelligent, fantasque, misanthrope, alcoolique, mélomane et libidineux, un caractériel autant qu'un caractère. Un tel homme ne pouvant fonctionner très longtemps seul dans un service de police (et dans la vie ?), Dexter le flanqua d'un docteur Watson nommé Lewis, sergent de son état.

colin dexter, oxford, morseSi Morse est lunaire et lunatique, Lewis est un terrien routinier, le tâcheron indispensable du duo, dont la conception du bonheur oscille entre les œufs sur le plat et les frites que lui prépare amoureusement Mrs Lewis et son association avec le "grand homme". Le fonctionnement et l'évolution de ce couple antinomique constitue le fond passionnant de ces treize enquêtes, toutes habilement troussées et épicées d'un humour irrésistible. Colin Dexter n'a d'autre ambition que de nous distraire et, pour ce qui me concerne, il y réussit plutôt bien.

Chaque roman est construit un peu de la même façon : un énoncé souvent rapide du crime ou de l'énigme, puis entrée en scène du couple Morse-Lewis. L'auteur fait progresser ensuite l'intrigue en injectant de nouveaux personnages, des indices, des pistes possibles. Il ne s'agit pas vraiment de romans de déduction et il est bien rare que l'on puisse deviner la vérité, tant l'auteur est retors.

Morse se charge lui-même d'inventer puis d'explorer toutes les fausses pistes. Comme il déteste le travail ordinaire de police, son esprit bat rapidement la campagne à formuler les hypothèses les plus tordues (quitte à plonger ensuite en pleine dépression dès que les indices collectés par Lewis viennent les démentir). Enfin arrive le moment où le système se stabilise et c'est toujours grâce à une intervention - la plupart du temps hors contexte - de Lewis que l'esprit de Morse arrive à la solution. C'est à ce moment là que le lecteur commence à avoir une idée à peu près claire de ce qui a pu se passer. C'est à peu près à ce moment que l'auteur nous entraîne sur la dernière fausse piste...

colin dexter, oxford, morseMorse étant un solitaire et un asocial, il y a peu de personnages récurrents. Le surintendant Strange, qui est un peu plus âgé que Morse, apparaît à partir de Portée disparue. Il est le supérieur devant faire avec le caractère irascible mais génial de l'inspecteur principal et il tiendra un rôle étonnant dans le roman concluant le cycle. Dans Service funèbre nous faisons la connaissance de l'inspecteur principal Bell qui sera, le temps de quelques romans, l'antithèse de Morse : le flic toujours le nez dans le guidon, sans une once d'imagination qui lui permettrait d'aller au-delà du seul visible. Les deux hommes ne s'apprécient guère. Dans l'ensemble, Morse montre à l'égard de ses collègues policiers une condescendance méprisante qui met profondément mal à l'aise Lewis. Le sergent sait bien que ce genre de flic (dont il fait lui-même partie) est tout à fait nécessaire : 1) pour permettre à Morse de briller, 2) pour accomplir toutes les tâches de police dont celui-ci ne veut pas se charger.

Le légiste Max est tout aussi savoureux que Morse, sans doute l'un de ses seuls amis. Il ne devient consistant qu'assez tardivement dans le cycle, à peu près au moment où les enquêtes sont portées à l'écran par la BBC. Les deux hommes ne s'entendent pas uniquement parce qu'ils sont tous les deux portés sur la bouteille : ils n'ont ni l'un ni l'autre une haute opinion de l'espèce humaine. Mrs Lewis et sa passion dévorante pour les soaps passant à la télévision est également présente dans chaque roman. Notons enfin un dernier personnage merveilleusement exploité par Dexter : la ville d'Oxford... (Paris, septembre 2006)

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006



Illustrations de cette page : Radcliffe Camera – Magdalen Tower