Des histoire pour cent ans

D
Grégory Nicolas

Des histoire pour cent ans

France (2018) – Rue des Promenades (2018)


Quatre générations de vie, de luttes, d'espoirs et d'amour.

Des histoires pour cent ans pourraient être celles de ma famille ou de la vôtre... Ces petits riens et ces grandes choses qui mènent à nous, à travers des générations à l'héroïsme le plus souvent ordinaire. Fils et filles de paysans ou d'ouvriers qui ont traversé les guerres, ont connu les solidarités anonymes de la misère et celles nées des luttes, voilà d'où nous venons pour la plupart.

Quatre générations font ces cent ans et c'est d'elles que parle Grégory Nicolas, de ce qui se transmet des vieux aux jeunes et des jeunes aux vieux quand ils peuvent se retrouver, depuis la tendresse qui se donne en partage jusqu'à la mémoire des disparus, engloutis dans les failles du temps qui passe. Des histoires pour cent ans est un roman passionnément humain, qui commence par les joies, les douleurs, les peurs et cette rage de vivre qui animait la génération des grands-parents durant l'Occupation.

On y rencontre la belle Perrine que tous aimaient – certains beaucoup trop – et qui devint victime de la bêtise vengeresse des hommes une fois le Boche parti. Voici Marcel et Marthe fuyant Dole pendant la déroute, un enfant dans les bras pour construire quelque chose, d'abord dans une Sarthe accueillante et généreuse, puis un peu plus loin, en Bretagne, afin que les destins familiaux puissent se nouer. C'est aussi Pierre, adolescent bravant les combats, qui traversa toute la Bretagne à bicyclette pour amener un colis de Noël à son frère résistant stationné à Lorient, devint semi-pro à la sortie de la guerre pour arrondir ses fins de mois dans les critériums régionaux et dont l'aventure tient lieu d'épopée familiale. Des gens simples, travailleurs, parfois portés sur la bouteille comme il était de mise à l'époque, dont les trajectoires finissent par se confondre pour donner naissance à cette génération.

De vin et de vélo il est toujours question en 2005. Le premier va bientôt faire l'objet d'une interdiction implicite, toute boisson titrant plus de 9° étant prohibée par le gouvernement du président Rossi. Le second est la passion de Matthieu, le meilleur ami de Marc, petit-fils d'Henri, cet enfant baladé depuis le Jura jusqu'à la mer. Marc a fait des études, introduisant une légère dissonance dans la trajectoire familiale et des doutes auxquels il veut tenter de répondre en partant durant six mois en coopération au Burkina. Marc aime Ève qui le lui rend bien, mais ne comprend pas cette fuite, en tout cas sans elle. Ève aime aussi Perrine, sa grand-mère, dont elle ne connaît de l'histoire terrible que quelques traces.

Alors que le pays bascule brusquement dans la guerre civile, que les tanks ravagent le domaine de la Romanée-Conti et que des avions déversent du défoliant sur toutes les vignes de France, comment va se comporter cette jeunesse nourrie de l'héroïsme des anciens ? La réponse se trouve dans les souvenirs et leur transmission, dans cette permanence à être, à échouer, à pardonner, dans ce léger baiser volé à un indigne devenu vieillard qui clôt Des histoires pour cent ans, roman émouvant et généreux.

Chroniqué par Philippe Cottet le 19/03/2018



Illustration de cette page : Louison Bobet