Le septième jour

L
Yu Hua

Le septième jour

Chine (2013) – Actes Sud (2014)

Titre original : 第七天 (Di qi tian)
Traduction d'Angel Pino et Isabelle Rabut

Coincé dans les limbes entre vivants et morts, un homme se remémore sa vie et certains faits liés aux esprits qu'il croise.

Trop pauvre pour s'offrir une sépulture ou même une urne pour contenir ses cendres, Yang Fei, le héros du Septième jour, est condamné à errer dans une zone située entre vivants et morts où il retrouve nombre d'esprits qui, comme lui, ne sont pleurés par personne.

Il y a là bien sûr les plus pauvres des pauvres, mais aussi les gens seuls ou ceux dont le décès a été caché par les autorités, dans cet exercice si courant en Chine ou taire un événement, le nier, c'est ne pas avoir à en rendre compte devant le peuple que l'on est censé représenter et défendre. Comme ces bébés avortés, “ déchets médicaux ” rejetés dans l'eau d'une rivière, ce couple enseveli sous les décombres de leur immeuble saisi et démoli par la force ou encore ces consommateurs piégés dans la destruction d'un centre commercial où les normes de sécurité avaient été violées moyennant pots-de-vin et dont le Pouvoir achètera le silence des proches...

Le septième jour se présente comme une sorte de collage entre une dénonciation de faits épars durant lesquels des innocents ont trouvé la mort, et les souvenirs du héros – plus introspectifs –, qui le verront évoquer sa naissance hors du commun et l'amour d'un père (le très émouvant troisième jour), sa relation unique et déçue avec Li Qing, qui fut brièvement son épouse avant de connaître le destin tragique d'une femme d'affaires abandonnée (l'assez convenue deuxième journée) et la figure très aimante de Li Yuezhen, sa mère nourricière qui devint, pour avoir voulu dénoncer le scandale de la maternité de l'hôpital, celle des vingt-sept foetus sans sépulture.

Il y a, dans le dernier roman de Yu Hua, des pages superbes, des moments délicats, ce souci de montrer que la mort réconcilie, annihile les différences chez ces exclus et que, même dans leur errance sans fin, les esprits partagent quelque chose qui ressemble à un amour sans retenue (la cérémonie funèbre pour le départ de Souricette) face à un monde réel d'une insoutenable violence. Mais on ne peut se départir du sentiment que Le septième jour a du mal à trouver une cohérence en tant que roman (court), qu'il est plus un ensemble de nouvelles de niveau et d'intérêt très différents, plutôt artificiellement liées entre-elles, et que la critique que Yu Hua y fait de la Chine contemporaine reste essentiellement factuelle, superficielle.

Face à un Yan Lianke qui continue de construire une œuvre dénonciatrice d'une force littéraire et d'une profondeur stupéfiante (par exemple, dernièrement, La fuite du temps), Yu Hua semble avoir presque oublié d'écrire. On comprend mieux les attaques dont il fut l'objet dans son pays (Le septième jour y a pourtant obtenu un certain succès public) : pas celles de viser désormais un lectorat occidental soucieux de voir confirmer ce qu'il sait déjà de la Chine – qui est devenue la formule magique des autorités pour fustiger les œuvres semblant dénigrer le pays –, mais plus celles relatives à une certaine inanité de son écriture romanesque, très perceptible dans ce Septième jour.

Chroniqué par Philippe Cottet le 09/11/2014



Illustration de cette page : Un père et son fils.