Revolver

R
Nakamura Fuminori

Revolver

Japon (2003) – Phiippe Picquier (2015)

Titre original : 銃 (Jû)
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako

Au cours d'une promenade nocturne, un étudiant trouvre le cadavre d'un homme et, à ses côtés, l'arme avec laquelle il a sans doute mis fin à ses jours.

La première chose étonnante dans Revolver est l'absence d'empathie de Nishikawa à l'égard de l'homme dont il découvre le corps et la tension fiévreuse qui va au contraire l'animer quand il s'appropriera l'arme. Toute la scène au bord du fleuve Arakawa est éminemment transgressive – la mort, le vol de l'objet, l'obstacle que cela va créer pour la police – et explique en partie le bouleversement que cette trouvaille va entraîner dans l'existence morne de cet étudiant ordinaire.

Si cette possession lui confère brusquement une assurance qu'il n'avait pas – avec le monde, avec les filles  – elle semble surtout donner un sens à sa vie. L'adoration quasi extatique dont il fait preuve à son égard dès les premiers instants dépasse en effet le seul sentiment de puissance ou la jouissance de la possession.

Certes, il offre à sa beauté froide et métallique un écrin de douceur dont il l'extrait en permanence pour la contempler, la caresser, se nourrir de sa force brutale dissimulée. Mais ce qui le fascine le plus est qu'elle ait été conçue dans un but précis et intangible – tuer – qui le renvoie à sa propre incomplétude d'enfant abandonné, par son père à la naissance, par sa mère quelque temps plus tard.

Nakamura Fuminori fait de Revolver une analyse en marche de la prise de possession de l'objet par Nishikawa. Le narrateur s'interroge en permanence et en détail sur le lien qui l'unit à l'arme, depuis l'intérêt curieux, tactile et visuel, jusqu'à cette sorte de dévotion amoureuse où penser à elle apaise, réjouit, fortifie... Enfin l'obsession vitale, quand sa fonctionnalité mortifère devient un impératif existentiel, au point que le jeune homme n'en limite plus sa vénération à la sphère privée restreinte, mais sort, lui offrant – leur offrant – toutes les tentations du monde.

La confrontation avec le policier en charge de l'affaire du fleuve Arakawa va montrer que l'édifice logique dans lequel s'est enfermé l'étudiant, comme s'il s'agissait de son destin, est un piège, un déni de la réalité dont il pourrait parfaitement se sortir en se débarrassant de l'arme. Mais c'est bien celle-ci qui a entièrement pris possession de lui et il ne peut achever son union avec elle qu'en tuant.

La difficile reconquête de son humanité qu'entreprend pourtant Nishikawa est édifiante et exemplaire. Le vilain tour final que lui jouera la vie fait de Revolver un roman noir réussi et cruel.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/04/2015



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Canon d'un 357 Magnum