Les mandarins

L
Liu Zhenyun

Les mandarins

Chine (1992) – Bleu de Chine (2004)

Titre original : 官人 (Guaren)
Traduction du chinois par Sebastian Veg

La nomination d’un nouveau ministre avec des velléités de réforme sème un vent de panique dans une unité de travail où huit hauts cadres dirigeants sont engagés depuis des années dans une guerre de tranchées pour le pouvoir.

Comme le rappelle Sebastien Veg dans l'intéressante postface à sa traduction du roman court de Liu Zhenyun, il fallait 40 000 mandarins aux Qing pour gouverner leur empire. La Chine maoïste, pour un besoin similaire, a édifié un appareil bureaucratique de plus de 21 millions de fonctionnaires qui, pour des raisons assez subtilement abordées ici, ont résisté au vent de modernisation qui s'est emparé du pays depuis les années Deng Xiaoping.

La longévité de ce dernier – qui survécut à un nombre invraisemblable de purges pour devenir le maître absolu de la Chine après l'arrestation de la bande des Quatre – doit sans doute aux mêmes qualités que celles mises en œuvre par les fonctionnaires des Mandarins pour conserver leur poste tout en compromettant celui du voisin, allié d'hier et ennemi de demain. Mesquinerie, trahisons, chantage, dénonciations habitent ces hauts personnages qui ont oublié depuis longtemps ce que servir le peuple voulait dire. Ils n'en continuent pas moins d'abriter leurs manœuvres et manigances derrière une phraséologie révolutionnaire creuse, ronflante et, du coup, hilarante pour le lecteur.

Avec beaucoup de finesse, Liu nous fait entendre la partition que chacun joue pour ne pas faire partie de la charrette promise par le ministre, ce qui nous oblige à ne pas prendre parti – serait-ce d'ailleurs raisonnable de le faire ? – et donc à nous régaler de chaque minute de ce combat d'égos. Inaugurées par un très métaphorique débordement général des toilettes dans l'immeuble de l'unité de travail, ces luttes sont tellement dérisoires que les mensonges des uns et des autres pour le cacher n'en ont que plus de saveur.

Les Mandarins ne travaillent pas, jamais, ou à la seule édification de leur gloire et de leur position. Et pas qu'en Chine.

Chroniqué par Philippe Cottet le 18/05/2014



Illustration de cette page :
Le camarade Deng Xiaoping