Ikebukuro West Gate Park III

I
Ishida Ira

Ikebukuro West Gate Park III

Japon (2002) – Philippe Picquier (2010)

Titre original : 池袋ウエストゲートパーク3 骨音 (Kotsuon)
Traduit du japonais par Anne Baillard-Sakai

Lors d'un été caniculaire, Makoto est entraîné dans le monde des raves afin d'en déloger des dealers. Comme toujours, il peut compter sur les G-boys et leur King Takashi pour éloigner la menace loin de son quartier chéri d'Ikebukuro.

Écrit la même année que le second opus, Ikebukuro West Gate Park III est un court roman, ou une longue nouvelle, plutôt quelconque. Le manuscrit d'origine possédait, semble-t-il, quatre chapitres, dont seul celui-ci a été traduit et publié par Picquier.

Nous avons évidemment toujours plaisir à retrouver la galerie de personnages créés par Ishira – ici réduite à l'apprenti-détective Makoto et son ami Takashi, le King des G-boys –, mais cette histoire de drogues distribuées durant des raves parties ressemble beaucoup – rançon d'une traduction tardive ? – à ce que nous connaissons du phénomène sous nos latitudes pour offrir une vraie prise à l'intérêt.

Le regard d'Ishira est beaucoup moins aigu que dans les deux livres précédents, sans doute aussi parce qu'il vise, par le côté didactique et documenté de son histoire, à informer d'abord son public sur ce milieu et ses dérives.

Il invente pourtant, comme à son habitude, deux beaux personnages cabossés par la vie. Eddy est un junkie –  né d'un père noir et d'une Japonaise –, qui se détruit à toute vitesse parce que « si on peut pas changer le monde, la seule solution c'est se changer soi-même » et qu'avaler ecstasy sur ecstasy reste le moyen le plus rapide d'y parvenir. Quant à Towako, jeune top model et chanteuse unijambiste, idole de ces soirées sauvages, elle subjugue ces foules par son énergie, son talent, son altérité assumée. Malgré une histoire d'amour inédite, Makoto n'entretient pas avec elle, pas plus qu'avec Eddy, une relation très différente de celle qui l'a toujours uni aux déclassés de son quartier, donnant au lecteur le sentiment de lire du même.

Par son thème et sans doute parce qu'il est incomplet, Ikebukuro West Gate Park III est plus proche de l'adaptation télévisée – assez insignifiante malgré son énorme succès – tournée par TBS que des précédents opus – dont la lecture reste hautement conseillée – qui proposaient un regard décalé et lucide sur une société malade.

Chroniqué par Philippe Cottet le 29/10/2012



Illustration de cette page :
Cachets d'ecstasy

Musique écoutée durant l'écriture de cette chroniques :
Psychedelic Pill de Neil Young et Crazy Horse (2012)