The Offence

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Sidney Lumet

The Offence

Drame – Royaume-Uni (1972)

Mouvement de panique dans le commissariat d'une triste banlieue britannique, au début des années 70. Des constables se précipitent vers une salle d'interrogatoire et y découvre le sergent Johnson avec, à ses pieds et en sang, Kenneth Braxter, amené là au début de soirée... Plus tôt dans la journée, malgré le quadrillage policier, une nouvelle petite fille a été violée à la sortie de l'école...

Comment montrer l'effondrement d'un homme qui en a trop vu, qui ne peut plus faire face à l'horreur qui le ronge ? On sait que David Peace y parvint, dans son Red Riding Quartet, en créant un langage déchiqueté, haletant, s'échappant comme mille fluides corporels et cinglant comme mille gifles. Le cinéma, sauf à glisser dans l'horrifique, ne peut être aussi explicite.

En fractionnant le récit, en le multipliant, en le désynchronisant, Lumet va relever le pari, s'enfonçant progressivement dans les ténèbres personnelles du sergent Johnson (Sean Connery, impressionnant). Dès les premières minutes de The Offence, ralenties et inaudibles, tout semble dit... Lumet nous offre là un raccourci saisissant et superficiel de l'histoire, mais qu'avons nous vraiment vu ?

Retour dans les friches de la banlieue anglaise où nous assistons pratiquement au drame, puis à la longue recherche de l'enfant et à sa découverte par Johnson. La scène initiale commence donc à prendre un sens même si nous ne sommes pas capables de le situer temporellement. Après l'interpellation de Baxter, il est temps de nous la montrer une seconde fois, cette fois-ci de l'intérieur de la salle d'interrogatoire, où nous découvrons un flic très impliqué, trop impliqué sans doute, malmenant un suspect pour le faire parler.

Suspendu pour sa violence, le sergent Johnson rentre chez lui mais la fragile barrière qui retenait ses terreurs a été pulvérisée et Lumet fait alors affluer rapidement à l'écran les terribles images qui hantent le policier.

Dans le huis clos étouffant qui va suivre entre Johnson et son épouse, les mots vont succéder aux images et l'espérance de normalité qu'aurait pu encore être ce vieux couple va exploser. Baxter étant mort à l'hôpital, Johnson est arrêté et un nouveau huis clos, plus étouffant encore, voit l'affrontement de Johnson et de Cartwright, chargé de l'enquête interne. Le sergent tente de défendre pied à pied sa version, sa conviction qui sont aussi son appartenance à la normalité comme identité, ce que Cartwright (Trevor Howard, implacable) lui refuse à mesure.

Il est donc temps pour Lumet de nous livrer la scène initiale une troisième fois et nous nous rendons compte que la précédente, atrophiée, correspondait à ce que l'esprit perturbé de Johnson aurait aimé qu'elle soit. Ici, la totalité de l'affrontement nous est restitué, y compris et surtout le trouble identitaire du sergent. Nous assistons à un féroce combat de doubles entre Baxter et Johnson, le premier perçant à jour le second, puis prenant carrément sa place en fait de compassion et d'interrogation. « S'il est comme je pense que je suis alors que je crois qu'il est un monstre, qui suis-je ? » a certainement dû se poser comme question le sergent avant de faire comme le font les hommes depuis la nuit des temps pour régler le problème : le supprimer... pour supprimer l'indifférenciation entre lui et celui qu'il estime coupable. A l'exception de cette confusion identitaire, rien d'autre ne justifie cette poussée de violence homicide.

Si l'image et la bande son accusent un peu leur âge, le jeu solide des acteurs et la pertinence de la mise en scène de Lumet font de The Offence – resté inédit en France pendant 35 ans pour ne pas nuire à l'image de Connery – un film mémorable.

Chroniqué par Philippe Cottet le 10/08/2008



Illustration de cette page :
Sean Connery

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note :
Mezzanine de Massive Attack

Titre français : The Offence

Studio : Paramount Pictures
Réalisation : Sidney Lumet
Photo : Gerry Fisher - Montage : John Victor-Smith

Scénario : John Hopkins

Avec : Sean Connery (sergent Johnson) - Ian Bannen (Kenneth Baxter) - Viven Merchant (Maureen Johnson) - Trevor Howard (Surintendant Cartwright)

Durée : 1h50mn