13 kaidan

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Nagasawa Masahiko

13 kaidan

Crime, policier, thriller – Japon (2003)

Nango Shoji, surveillant de prison bientôt à la retraite, est engagé par un mystérieux personnage pour tenter de sauver Kihara Toru, condamné à mort pour le meurtre de son agent de probation qui doit être prochainement pendu. Il fait volontairement équipe avec Migami Junichi, un ancien prisonnier récemment libéré.

Seulement présenté à Sundance début 2003, 13 kaidan (13 階段, 13 marches) aura connu une exploitation en salles plutôt confidentielle dans l'Archipel.

Ces treize marches sont la seule chose dont se souvient Kihara Toru, retrouvé inconscient sur la route menant au bungalow de son agent de probation assassiné. Aucune preuve matérielle ne peut être retenue contre lui (pas d'arme du crime, pas de trace du livret bancaire dérobé à la victime), mais le procureur a besoin d'un coupable et nulle part dans la zone du meurtre on a retrouvé ces fameuses marches. L'homme ment, il est donc coupable ! À quelques mois de l'exécution, un mystérieux commanditaire offre cependant trente millions de yens pour découvrir la vérité. L'homme de loi Sugiura recrute Nango Shoji pour cette mission.

Quelques années auparavant, lors de la pendaison de Terada, meurtrier de trois personnes, la mécanique mise en place pour dégager les gardiens de toute responsabilité directe dans l'exécution s'était enrayée. Le surveillant Nakamori était convaincu que Terada ne méritait pas la mort ; n'avait-il pas, depuis sa condamnation, embrassé la foi catholique et montré un remords sincère, au point que même la famille des victimes demandait sa grâce ? Et dans ce cas, au nom de quoi la société pouvait-elle exiger ce que même les plus proches ne demandaient pas ?

Nakamori n'avait pas pressé le bouton d'ouverture de la trappe en même temps que ses deux collègues et c'est Nango, après plusieurs très longues secondes d'attente, qui avait dû actionner celui-ci, déclenchant le funeste mécanisme. Le surveillant porte depuis lors en lui le poids de cette mort légale et c'est cette culpabilité non éteinte – et un besoin d'expiation aussi fort – qu'il croit retrouver chez le jeune Migami.

Ce dernier a été condamné à trois ans pour violences ayant entraîné la mort de Samura Kyosuke. Le procureur et le père de la victime avaient pourtant plaidé la préméditation – Migami portait sur lui un couteau –, même si les circonstances accidentelles du décès avaient été établies. Bien intégré à la société contrairement à Kihara, Migami Junichi avait échappé à la corde et purgé sa peine dans la discrétion, manifestant aux yeux de son gardien un repentir rassurant.

Sauf que la réalité n'est pas aussi simple, car Migami Junichi avait bien l'intention, ce jour-là, de tuer Samura Kyosuke. Il semble même qu'il n'ait guère eu de remords, ce que le père de sa victime lui reproche encore, l'accusant d'avoir souri à l'énoncé du verdict. Migami et Samura s'étaient déjà rencontrés, la nuit même où l'agent de probation était assassiné, pas très loin de la scène du crime...

Derrière le suspense – partant de rien, les deux hommes pourront-ils faire la preuve de l'innocence de Kihara ? –, on trouve un intéressant questionnement de ce qu’est la justice humaine, la façon finalement assez relative avec laquelle elle sanctionne ou absout. Le problème est d’autant plus brûlant que la peine capitale continue d’être une réalité au Japon et qu’elle est estimée indispensable par plus de trois Japonais sur quatre.

13 kaidan nous propose plusieurs situations de culpabilités morales ET juridiques liées à la mort d’un homme par un autre, qui n'emportent pas les mêmes conséquences. Terada, coupable, a été condamné et exécuté, mais personne ne semble croire que cette exécution a servi à quelque chose. Migami, coupable en intention mais seulement sanctionné pour mort accidentelle, risque d'être pendu pour un crime qu'il n'a pas commis : est-ce justice ? Kihara, total innocent, sera bientôt pendu sans que cela émeuve alors que le vrai coupable du meurtre de l'agent de probation coule des jours heureux.

Au delà de l'intrigue qui noue l'affaire de Kihara et celle de Migami, et qui constitue le volet suspense du film, 13 kaidan donne de la justice humaine une image complexe et incertaine quant à sa capacité réelle à remplir sa mission, dans son implacable et souvent aveugle poursuite du châtiment. Le rythme lent de la mise en scène s'accorde parfaitement à ces enjeux, permettant au spectateur d'accompagner la réflexion des personnages autour de la peine capitale. La relation filiale qui se noue entre un Nango – dont le sentiment de culpabilité a ruiné la vie personnelle – et un Migami qui n'en finit pas de payer est, comme toujours dans le cinéma nippon, traitée avec une extrême pudeur.

Chroniqué par Philippe Cottet le 20/12/2013



Illustrations tirées du film

Titre original : 13 階段 (Thirteen Steps)

Producteur : Kakutani Masaru
Réalisation : Nagasawa Masahiko

Scénario : Morishita Tadashi et Takano Kazuaki (d'après son roman)

Avec : Sorimachi Takashi (Migami Junichi) - Yamazaki Tsutomu (Nango Shoji) - Miyasako Hiroyuki (Terada) - Kudo Kankuro (Kihara Toru)

Durée : 122 min, couleurs